Lyonel Trouillot pose, dans sa dernière chronique, une question qui mérite d'être prise au sérieux : celle de la rationalisation affective qui accompagne les grandes compétitions sportives, et de la manière dont l'histoire coloniale s'invite, souvent maladroitement, dans les commentaires footballistiques. Sur ce point précis, il a raison, et il serait malhonnête de ne pas le reconnaître. Mais son texte, en voulant dénoncer un raccourci, en construit un autre, plus discret et, à certains égards, plus problématique. Car en opposant les « versions modernes des trois plus vastes empires coloniaux » à l'Argentine accusée de racisme, Trouillot ne réfute rien : il déplace la question. Et ce déplacement mérite d'être examiné pour lui-même, non pas au nom d'une défense de l'Argentine, nous n'avons ici aucune volonté d'établir un classement moral entre nations, mais au nom d'une exigence méthodologique que Trouillot lui-même revendique en ouverture d...
Par Eunice Lyncé Qui suis-je lorsque j’ai peur de ne pas être aimé ? C’est une question simple en apparence, mais dont les implications sont vertigineuses. Elle touche au cœur de notre humanité : ce besoin d’être aimé, non pas comme un luxe ou un agrément, mais comme une nécessité fondamentale, presque biologique. Le désir d’amour n’est pas un caprice. Il est inscrit en nous comme une donnée première, au même titre que le besoin de nourriture ou d’air. Et pourtant, c’est peut-être cette évidence même qui le rend si dangereux. Dès l’enfance, nous apprenons que l’amour est conditionnel. On nous enseigne, sans toujours le dire, qu’il faut être sage pour être accepté, obéissant pour être valorisé, discret pour être toléré. Le lien entre amour et conformité s’installe ainsi très tôt. Être aimé, c’est répondre à une attente. Et dès lors, une idée s’insinue : je ne mérite l’amour que si je corresponds. Cette équation, une fois intériorisée, devient le fondement d’une construction identi...